Désert - Voyage

par Jacky Roy2 commentairesJanvier 2013

J’aime emprunter à Christian Bobin sa définition de « la part manquante » qu’il désigne comme « la recherche en silence de cet amour qui manque à tout amour » pour évoquer le désert qui est l’une de mes passions depuis une dizaine d’années ;

Quel est-il ce désert ? pourquoi nous séduit-il ? Est-ce donc cette « part manquante » que nous allons y chercher ?

Le désert cristallise les énergies, les sentiments, les émotions ; il est un espace ambiguë qui, parce qu’il absorbe le temps, transforme le voyageur ; il est l’endroit où, pour moi, l’absence de superflu laisse entrevoir l’essentiel ; plus précisément, il est le champ idéal d’expérimentation de tout travail de réflexion car il est un lieu de transition entre expériences intellectuelles et temporelles.

Le désert est mystérieux. Le Clézio estime que ce mystère du désert « ne réside pas dans sa nature visible, mais plutôt dans sa magie, dans cet absolu irréductible qui échappe à l’entendement humain ».

Mystère et magie ; retour aux sources des religions polythéistes orientales ; le mage, le prêtre Perse, accède aux cérémonies réservées aux initiés ; il n’y a pas antinomie des propositions.

Le désert donne à celui qui s’est préparé à recevoir ; il donne de façon absolue car ici le dénuement autorise cet absolu.

En effet, ici peut-être plus qu’ailleurs, le travail, source de connaissance, entraîne vers un mode de compréhension épuré ; il ne s’agit plus de s’encombrer pour avancer, au propre comme au figuré ; ici la pensée rejoint l’action ; la pensée définit l’action ; elle la réduit à l’essentiel ; elle m’offre ainsi les solutions du quotidien.

Ensemble donc le travail, la connaissance et le dénuement entraînent vers un monde harmonieux ; on ne va pas au désert pour arriver quelque part, ni pour comprendre la vie des hommes du désert ; on se dirige vers l’horizon sans fin du désert qui élargit le nôtre en effaçant les frontières artificielles des conventions sociales, les obsessions de la propriété, de la sécurité, des certitudes.

Cette nouvelle liberté de pensée et d’action transforme l’âme, l’homme et son environnement ; en fin de journée lorsque les rayons du soleil effleurent les courbes infinies des grands ergs, l’harmonie de l’espace s’impose et envahit le corps et l’âme ; il suffit d’être ici.

Mais comment parvient-on à cette expérience du désert ?

Ici, comme ailleurs, tout est symbole;

L’expérience du désert ce sont les a priori balayés par le vent, le sable qui semble tout effacer en quelques secondes mais qui restitue des années, des siècles plus tard les poubelles d’un cuisinier indélicat, les poteries et outils d’un autre âge ou les fulgurites des orages millénaires.

Mais l’expérience du désert c’est aussi et surtout l’observation et la stricte observance des règles du quotidien pour simplement continuer à vivre ; au désert on apprend à voir ; en arabe d’ailleurs, le mot « Aïn » signifie à la fois l’œil et la source, symboliquement la connaissance et l’origine ; on apprend à voir les traces de la vie, du danger, de la rencontre, de la mort…

Observer suppose la connaissance ; seule la connaissance permet d’avancer, de survivre ; lire les étoiles pour le chemin du lendemain, savoir d’où vient le vent dominant pour déterminer l’angle d’attaque des ripple-marks, ces rides ciselées par le vent dans le sable du désert, savoir repérer la trace du serpent ou du scorpion, les lieux de pâturage des dromadaires …

La connaissance, ici aussi, n’est pas innée ; elle naît du travail, de l’expérience et de la rencontre ; tous les êtres vivants adaptent leur comportement aux conditions de vie du désert ; l’homme aussi doit s’y préparer.

Adapter ses connaissances à son expérience et réciproquement, c’est donner du sens à ses actes, à ses décisions, à sa vie ; à mesure que l’on avance dans le travail de réflexion, de synthèse, on apprend à lier les idées, les événements, les émotions et on acquiert véritablement le sentiment de faire acte utile.

Respect, ouverture aux autres, empathie qui  au-delà de l’emploi  abusif actuel est la faculté réelle de s’identifier à autrui, de ressentir ce qu’il ressent et qui ne s’acquiert pas par la seule volonté mais par le travail ;

Comment puis-je espérer comprendre quelqu’un, comment puis-je oser le juger, si je n’ai pas la connaissance de son histoire, de sa culture, de ses priorités, de ses valeurs fondamentales ?

Bien plus, je dois accepter, malgré tout le travail, de ne pas pouvoir comprendre ;  je dois tout simplement accepter sa différence ;

Accepter de ne pas comprendre devient alors le moyen non seulement d’accepter l’autre lui-même mais de me rapprocher de lui.

Recherchons avec ardeur le voyagée idéal proposé par Baudelaire, le voyage au pays qui  ressemble à ceux que nous aimons.

Au fil des ans, le rêve se dessine, les yeux se dessillent, des mots remplacent d’autres mots, là tout est luxe, calme et volupté.

Jacky Roy

Pour Jacky Roy le voyage est avant tout prétexte à rencontres.

C’est pourquoi, bien qu’ayant accompagné dans plus de trente pays, il aime revenir non pas sur ses pas mais vers ses amis.

L'Afrique de l'Ouest et le Sahara ont pour lui la saveur d'un premier amour, celui que l'on n'oublie pas comme on n'oublie pas la lumiere d'un premier matin dans une grande ville africaine,  la bonne humeur et le rire comme antidote aux difficultés de la vie, les couleurs des boubous, les odeurs des marchés,  les expressions savoureuses,  les regards...


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